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Extrait de l'Interview de Jean-Louis Mullenbach
 dans le magazine La Profession comptable

  suite de l'extrait de cette entretien 

Au terme des différentes enquêtes (grandes entreprises, établissements bancaires, compagnies d'assurances, PME) menées par l'Observatoire, que diriez-vous de l'évolution de la fonction comptable au cours des années 1990 ?

Nous avons observé, sur cette période, une évolution profonde des métiers comptables et de leur perception dans l'entreprise. Rappelez-vous, les comptables étaient les mal-aimés, la comptabilité était vécue comme un mal nécessaire, la fonction comptable était malmenée et vouée, selon certains, à la marginalisation. Et nous avons tous connu des entreprises où les comptables étaient en voie de ghettoïsation.

Dix ans après, il apparaît que, loin de se dissoudre, la fonction comptable a su préserver son identité tout en se repositionnant comme producteur en temps réel d'une information utile aux décideurs et aux gestionnaires. Ancré sur leurs forces (systèmes d'information, consolidation, reporting) et leur savoir-faire, les comptables ont adopté un savoir-être, sont sortis de leur bocal et ont trouvé une nouvelle autorité en faisant de la comptabilité un outil de communication.

Cela signifie simplement que les dirigeants sont prêts à payer des prestations dont ils mesurent la valeurs ajoutée. Encore faut-il se remettre en cause en permanence et faire évoluer radicalement nos pratiques professionnelles. La puissance d'une profession se mesure par son degré de culture et de créativité, et par sa capacité à capitaliser des connaissances et à dégager une forme d'intelligence collective. C'est la raison qui a poussé le Conseil Supérieur de l'Ordre à créer l'Observatoire de la Qualité Comptable, avec l'appui des Entreprises et, demain, de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes.

Précisément, quand le rythme du changement s'accélère, les comptables sont-ils bien armés pour saisir les besoins nouveaux des organisations ?

Nous vivons effectivement dans un environnement de ruptures, tant au niveau des marchés que des produits et des méthodes de gestion, avec des outils de pilotage – type ERP – qui n'étaient pas construits à l'origine pour piloter les ruptures. Les technologies de l'information ne créent pas ipso facto de la modernité. En revanche, elles créent de l'archaïsme en initiant un mouvement accéléré de destruction créatrice et en donnant naissance à de nouvelles opportunités que des acteurs vont saisir et que d'autres vont laisser échapper.

Méfions-nous cependant des discours selon lesquels le développement de ces technologies conduirait à l'émergence d'un monde fluide et sans aspérités. Ces discours sont illusoires et dangereux. Ils s'enracinent dans un messianisme technologique qui fait peu de cas de la complexité des organisations que les professionnels du chiffre vivent quotidiennement.

Dans ce contexte, pourquoi avoir privilégié le concept de "l'Economie globale en réseaux" pour les premières Assises de la Qualité Comptable le 18 mai prochain ?

Le fonctionnement en réseau est devenu une donnée incontournable de notre économie globale. L'entreprise-bloc, qui se percevait comme un tout monolithique intervenant globalement sur les marchés, découvre qu'elle doit rapidement inventer de nouvelles formes de gestion des risques et de nouveaux modes d'intégration de son espace socio-économique.

Cette transformation s'inscrit dans une évolution de la vision stratégique de l'entreprise dont la priorité n'est plus de constituer un portefeuille de produits ou d'activités, mais plutôt un portefeuille de compétences et d'alliances, avec une organisation en équipes transverses et en frontières floues (et non plus en fonctions ou en divisions) et des cadres interfaces de réseaux (et non plus des opérationnels et des fonctionnels, distinction aujourd'hui dépassée).

Confronté à la transversalité, l'entreprise "transactionnelle" découvre la logique processus. Selon l'évaluation de l'apport d'un processus à la stratégie de l'entreprise, celui-ci sera ou non candidat à une externalisation, partielle ou totale, et celle-ci pourra prendre le caractère de sous-traitance, de partenariat, ou d'alliance stratégique.

Quels sont, selon l'Observatoire, les autres facteurs de succès pour la fonction comptable ?

La Qualité Comptable doit avant tout être orientée vers les clients de la fonction comptable. Il nous faut passer d'une culture réglementaire à une culture client. La réactivité, la spécialisation, la flexibilité, le sens du service et l'art de communiquer sont des valeurs en hausse. Demain, les informations décisionnelles devront être estampillées de la marque "Qualité Comptable". Les professionnels du chiffre, qu'ils soient en entreprise ou en cabinet, en seront les experts et les garants.

Les informations – en volumes et en euros, réelles et budgétaires - co-produites par les comptables s'imposeront moins parce qu'elles supportent les décisions de la direction générale, que parce qu'elles émanent de professionnels crédibles et respectés. Le pouvoir d'influence va se substituer au pouvoir hiérarchique.

Avec le passage d'une économie de produits à une économie de services, le devenir de la comptabilité repose non seulement sur la conformité à des normes universelles, qui constituent un symbole de qualité distinctive vis-à-vis des marchés financiers, mais aussi, sur le maintien d'une haute qualité de services, reconnue par l'ensemble des gestionnaires et des décideurs de l'entreprise et de ses partenaires.

 

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